Revenu en République démocratique du Congo fin mai 2025 après un an d’exil, Joseph Kabila a refait surface par Goma, capitale du Nord-Kivu, région alors partiellement sous contrôle du M23. Dans un discours prononcé le 23 mai, l’ancien président s’est présenté en patriote déterminé à « mettre fin à la dictature ». Une sortie perçue à Kinshasa comme une déclaration de guerre par les autorités, qui l’accusent d’être l’instigateur principal de la crise sécuritaire à l’Est du pays.
« L’AFC, c’est lui »
Félix Tshisekedi ne laisse planer aucun doute. Dans une interview donnée à l’étranger, le chef de l’État a désigné son prédécesseur comme le commanditaire réel du M23 et de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), un nouveau mouvement politico-militaire.
« Le vrai commanditaire du M23, c’est mon prédécesseur, mais il ne l’avoue pas. L’AFC, c’est lui », a-t-il tranché.
Ces déclarations ont déclenché un véritable bras de fer institutionnel. La justice et le Parlement ont ouvert des procédures, évoquant une haute trahison et la participation d’un sénateur à vie à un mouvement insurrectionnel. Kabila, selon Kinshasa, agirait de concert avec le Rwanda pour déstabiliser le pays.
Entre Goma et les consultations fantômes
L’ancien président a renforcé les soupçons en rentrant par Goma, escorté par des éléments du M23, qui ont assuré sa sécurité. Une démarche considérée comme une provocation. Sur place, Kabila a entamé des consultations populaires, dont l’issue reste floue. Ses proches affirment qu’il ne cherche pas à renverser les institutions, mais à proposer une alternative pour l’unité nationale.
Malgré cette tentative de repositionnement politique, aucun des processus de négociation actuellement en cours – ni celui de Washington, ni celui de Doha – ne l’inclut.
Doha et Washington, sans Kabila
Le 27 juin, un accord de paix a été signé entre Kinshasa et Kigali sous l’égide de l’administration américaine. Parallèlement, le gouvernement congolais a entamé, à Doha, des discussions directes avec le M23, pourtant qualifié de groupe terroriste par les autorités elles-mêmes. Le 19 juillet, une déclaration de principes a été signée, annonçant une volonté partagée de « tourner la page » du conflit.
Un accord final est attendu le 18 août prochain. Le régime Tshisekedi a déjà salué « un pas décisif vers la paix ». Pourtant, Joseph Kabila est resté absent de toutes ces étapes. Ce silence intrigue.
« Si Kabila est véritablement le cerveau du M23, pourquoi n’est-il pas impliqué dans le processus de Doha ? », interroge un proche du clan Kabila. Pour certains, cette exclusion fait de lui « le grand perdant », non reconnu ni par Kinshasa ni par ses partenaires internationaux.
Quelle issue pour le Raïs ?
Dans l’attente d’un éventuel dialogue national proposé par la CENCO et l’ECC, Joseph Kabila aurait compilé les recommandations issues de ses consultations. Mais cette option reste incertaine. Le pouvoir congolais semble peu disposé à ouvrir une nouvelle séquence de discussions nationales. Il y a peu, Tshisekedi affirmait que la RDC n’était pas en crise politique, rendant inutile l’idée d’un dialogue interne.
Tout porte à croire que le schéma CENCO-ECC, cher à l’ancien président, ne sera envisagé qu’en cas d’échec du processus de Doha. Si les accords en cours aboutissent, la page pourrait se tourner sans lui.
Resté dans le Nord-Kivu, loin des négociations internationales et sous pression judiciaire à Kinshasa, Joseph Kabila pourrait bien se retrouver marginalisé, dans une crise qu’il est accusé d’avoir alimentée, mais dont les solutions sont en train de se décider sans lui.
Charles Mapinduzi