À Arusha, les ministres des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale des pays membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) se sont réunis ce vendredi 6 mars pour préparer le sommet des chefs d’État prévu ce samedi 7 mars.
Cette rencontre ministérielle vise notamment à examiner l’agenda du sommet et à finaliser le rapport des experts sur l’état d’avancement de l’intégration régionale dans l’espace est-africain. La République démocratique du Congo y est représentée par son ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni.
La veille, les ministres ont également procédé à la désignation de deux nouveaux juges à la Cour de justice de l’Afrique de l’Est, l’un originaire du Kenya et l’autre du Soudan du Sud.
Officiellement, le sommet des chefs d’État doit se pencher sur des questions liées à l’intégration économique régionale, au commerce et à la stratégie de développement de la communauté pour les prochaines années. Mais dans les coulisses, la situation sécuritaire dans l’est de la RDC risque d’occuper une place importante dans les discussions.
La persistance des violences dans cette région continue en effet d’alimenter les tensions entre Kinshasa et certains partenaires de la communauté, notamment en raison du conflit qui secoue les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Pour la RDC, ce sommet représente donc un véritable test diplomatique. Les relations avec certains pays membres, en particulier le Rwanda et parfois l’Ouganda, restent tumultueuses dans le contexte actuel.
Dans ces conditions, la rencontre d’Arusha pourrait devenir un espace de pression politique où certains États pousseront Kinshasa à privilégier davantage les solutions diplomatiques et les négociations régionales pour tenter de mettre fin aux hostilités dans l’Est du pays. De son côté, Kinshasa pourrait profiter de cette tribune pour pointer à nouveau la responsabilité du régime de Kigali, accusé de soutenir des groupes armés opérant dans l’est de la RDC et aujourd’hui sous sanctions américaines pour son rôle déstabilisateur.
Depuis plusieurs années, la Communauté d’Afrique de l’Est s’est impliquée dans la recherche d’une solution à cette crise à travers différentes initiatives, notamment le processus de Nairobi et les appels répétés à un cessez-le-feu. Les dirigeants de la région soutiennent généralement qu’une solution politique et diplomatique demeure la voie la plus durable pour résoudre le conflit.
Dans ce contexte, certains partenaires pourraient encourager la RDC à s’engager davantage dans les mécanismes régionaux de dialogue et dans les efforts de médiation en cours. Kinshasa pourrait également profiter de l’occasion pour appeler les pays voisins à cesser tout soutien aux groupes armés qui déstabilisent le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Au-delà de la crise sécuritaire, ce sommet revêt aussi une importance stratégique pour Kinshasa. La RDC représente le plus vaste territoire de la communauté et l’une des économies les plus prometteuses de la région. Le pays a donc intérêt à rester un acteur central au sein de l’organisation afin de peser sur les décisions liées à la sécurité, au commerce et aux infrastructures.
Toutefois, si les tensions politiques persistent, le risque existe de voir la RDC se retrouver isolée dans certaines discussions. Le sommet d’Arusha apparaît ainsi comme un moment diplomatique sensible où Kinshasa devra défendre ses positions tout en préservant ses intérêts au sein de la communauté régionale.
Charles Mapinduzi