Ce lundi 2 mars 2026, le Président de la République, Félix‑Antoine Tshisekedi Tshilombo, a reçu à la Cité de l’Union africaine le Gouverneur intérimaire de la province du Haut‑Katanga, Martin Kazembe. Cette rencontre officielle portait sur les projets de développement économique, social et sécuritaire portés par les autorités provinciales, ainsi que les défis majeurs auxquels la province est confrontée.
Le choix d’une rencontre à ce niveau montre que l’État central souhaite s’assurer d’une coordination étroite entre les priorités nationales et les actions locales, notamment dans une province riche en ressources mais confrontée à des défis de gouvernance.
Le Haut‑Katanga, comme plusieurs autres provinces congolaises, constitue un carrefour économique et social important. La province s’attèle à renforcer ses infrastructures et à développer ses investissements afin de soutenir les secteurs productifs, attirer de nouveaux investisseurs et favoriser la croissance locale.
La sécurité et la stabilité demeurent également des priorités, dans le but d’assurer un environnement apaisé pour les populations et les acteurs économiques.
Parallèlement, des défis sociaux persistent, notamment l’amélioration de l’accès aux services de base et la réduction des inégalités.
L’audience tenue à ce sujet permet à Kinshasa de mesurer les progrès réalisés par la province en matière de développement et de sécurité, tout en vérifiant leur alignement avec les orientations stratégiques nationales.
Parallèle avec le Kasaï‑Oriental : l’intérim face à une crise de gouvernance
Un précédent comparable s’est produit dans la province du Kasaï‑Oriental lorsque, en 2025, le vice‑gouverneur a assuré l’intérim après que le gouverneur ait été destitué par l’Assemblée provinciale pour des problèmes de gestion. L’intérim avait duré plusieurs mois, démontrant comment des transitions temporaires peuvent venir en soutien à des institutions provinciales en crise et favoriser la continuité de l’administration publique.
Ce cas a montré que des audiences entre le chef de l’État et les dirigeants intérimaires peuvent servir à légitimer l’action de ces derniers et à renforcer la stabilité institutionnelle dans des moments délicats.
Le cas significatif de la province du Lualaba
Un deuxième parallèle pertinent concerne la province du Lualaba, où Mme Fifi Masuka Saini, ancienne vice‑gouverneure, avait assuré l’intérim du gouverneur pendant une période prolongée avant d’être installée comme gouverneure titulaire.
Transition intérimaire puis accession au poste
Selon les archives officielles et historiques, Fifi Masuka, à l’époque vice‑gouverneure, avait été désignée pour assurer l’intérim du gouverneur en raison de l’absence prolongée de celui‑ci, qui était retenu à Kinshasa pour des raisons institutionnelles. Cette période avait été marquée par un travail soutenu de gestion et d’animation de l’exécutif provincial.
Par la suite, elle a été confirmée dans ses fonctions comme gouverneure à part entière, à la suite d’un processus électoral provincial en 2024, devenant ainsi la première femme gouverneure de cette province riche en ressources minières.
Réception par le chef de l’État
Durant sa période intérimaire, Mme Masuka avait été reçue par le Président de la République, ce qui constituait une marque de reconnaissance politique et institutionnelle importante. Cette réception a permis d’affirmer le rôle de l’intérimaire dans la gouvernance provinciale et d’encourager la coordination entre le niveau central et la province du Lualaba.
Impacts de la période intérimaire
La gouvernance du Lualaba sous Mme Masuka avait été marquée par une attention particulière aux grands projets d’infrastructures et au renforcement du climat des affaires, une surveillance accrue de la sécurité publique, notamment avec l’arrestation de malfrats à Kolwezi, ainsi qu’une implication active dans les forums internationaux visant à attirer des investissements dans le secteur minier.
Ce parcours illustre comment un intérimaire peut progressivement asseoir sa légitimité et transformer ces responsabilités temporaires en un mandat pleinement reconnu.
Similarités et enseignements croisés
Les trois situations (Haut‑Katanga, Kasaï‑Oriental, Lualaba) révèlent des constantes dans la gouvernance provinciale en RDC
Être désigné gouverneur intérimaire n’est pas une simple charge administrative, mais un rôle politique crucial, marqué par une responsabilité accrue dans la gestion des affaires publiques et par une relation directe avec l’État central afin d’aligner les politiques provinciales sur les stratégies nationales.
Les audiences avec le chef de l’État comptent
Ces rencontres permettent, outre la communication institutionnelle, une légitimation politique pour les responsables provinciaux, qu’ils soient intérimaires ou confirmés. Elles envoient aussi un signal aux administrés provinciaux sur l’importance accordée à la cohésion nationale.
Stabiliser la gouvernance locale
Ces trois exemples montrent que lorsqu’un titulaire est absent, retenu ou remis en cause, l’intérim, accompagné d’un soutien institutionnel, devient un instrument de stabilité politique et administrative, limitant les ruptures et les blocages.
Un rôle national qui dépasse l’intérim
La rencontre du 2 mars 2026 entre le Président et Martin Kazembe ne se limite pas à une simple audience protocolaire. Elle s’inscrit dans une logique plus large de gouvernance intégrée entre le niveau central et les provinces, et rappelle les parcours d’autres provinces où l’intérim a servi de transition vers une gouvernance stable et légitime, comme à Lualaba avec Mme Fifi Masuka.
Gilbert NGONGA