Félix Tshisekedi est au pouvoir depuis exactement sept ans, ce samedi 24 janvier 2026, après avoir accédé aux rênes du pays dans une ambiance bon enfant, mais entourée de soupçons persistants de fraude électorale massive.
Dès 2019, le nouveau dirigeant annonce vite les couleurs. Mais jusque-là, celles-ci ne sont que de simples promesses qu’il faut muer en actes pour booster le développement du pays et sortir le peuple du marasme économique, sécuritaire et social dans lequel il est engouffré depuis des décennies.
Devant ses compatriotes de la diaspora, Félix Tshisekedi confesse : « Je vous promets de faire du Congo l’Allemagne de l’Afrique ». Puis, quelques temps plus tard, il ajoute : « D’ici la fin de mon mandat, vous allez voir un Congo nouveau, un Congo fort, puissant et prospère, un Congo qui va parler de l’Afrique à travers le monde entier ».
Qu’en est-il sept ans après ?
Dans le domaine éducatif, en dépit de certaines imperfections liées à la nature humaine et à la gestion, le régime en place a réussi à instaurer la gratuité de l’enseignement primaire, une première dans l’histoire du pays. En matière de politique extérieure, la diplomatie a reçu un véritable coup de fouet, permettant au pays de se rouvrir au monde après l’isolement imposé par le régime Kabila.
La RDC est aujourd’hui davantage sollicitée sur le plan international grâce au dynamisme de Félix Tshisekedi, tranchent même les partisans du chef de l’État.
Lors de ses discours sur l’état de la nation, Félix Tshisekedi a présenté un bilan élogieux de sa gestion du pays. Routes, ponts, écoles, sans oublier la réhabilitation des aéroports : le dirigeant congolais affirmait alors que la RDC était devenue un immense chantier, un pays en mouvement qui se construisait un avenir radieux.
Le successeur de Kabila évoquait également l’arrivée d’investisseurs à hauteur de plusieurs millions de dollars américains, créant ainsi de nombreux emplois. « Notre RDC poursuit sa marche en avant et l’avenir nous réserve encore de nombreux succès et autant de raisons d’être fiers », disait-il, indiquant que plusieurs projets de développement à son initiative avaient permis de booster l’économie nationale, l’accès à l’électricité, aux soins de santé primaire et à la construction d’infrastructures, entre autres.
Contraste
Sur le plan sécuritaire, la situation est plutôt allée de mal en pis. Des zones jusque-là relativement épargnées se sont embrasées. Au Nord-Kivu et en Ituri, les rebelles ADF ont étendu leurs actions criminelles contre les civils. Le nombre de victimes a largement dépassé tous les pronostics. Pendant ce temps, le M23, pourtant totalement défait en 2013, a refait surface et s’est emparé d’importantes entités au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, malgré un état de siège décrété depuis près de quatre ans, mais dont le bilan reste peu fameux.
Compte tenu de ces faits, Kinshasa a autorisé l’entrée sur le sol congolais de forces étrangères, donnant l’impression que l’État congolais s’est avoué vaincu et démissionnaire, et que les FARDC sont mises à l’écart. Aux yeux de certains citoyens, la RDC est devenue la risée du monde, livrée à elle-même par ses propres dirigeants incapables de changer la donne. Par ailleurs, dans l’Ouest du pays, notamment à Kwamouth, dans le Mai-Ndombe, des tensions intercommunautaires ont fait de nombreuses victimes avec l’activisme du groupe Mobondo.
Sur le plan économique, la vie est devenue de plus en plus intenable. Les prix des produits de première nécessité ne cessent de grimper. Le franc congolais face au dollar américain s’est parfois apprécié, sans impact réel sur le panier de la ménagère, qui continue de souffrir amèrement. En outre, l’insécurité bloque l’accès à certaines zones de ravitaillement.
En dépit des chiffres mirobolants vantés par le régime, l’incidence du Trésor public sur la vie quotidienne des citoyens demeure peu perceptible. Au contraire, l’essentiel des richesses du pays semble se partager entre les institutions de la République, rendant certains acteurs « plus riches que le pays » lui-même.
Concernant l’aspect politico-judiciaire, les dénonciations persistent autour d’une justice à double vitesse, où seuls les puissants semblent mieux servis. Comme sous les régimes précédents, des opposants continuent de dénoncer une chasse à l’homme contre ceux qui ne partagent pas les opinions du pouvoir en place. Pour eux, la RDC cesse progressivement d’être une démocratie pluraliste.
Par ailleurs, comme le soutient une certaine opinion, c’est toujours « le ventre d’abord ». Au lieu de servir le pays conformément à leurs missions régaliennes, certains représentants du peuple ont déserté leur idéal. Ils ont sombré dans la corruption, le clientélisme, l’amateurisme et le sentimentalisme. De leur côté, pour maintenir la fidélité d’acteurs acquis à coups de billets de banque, des responsables pillent les caisses de l’État au détriment de la majorité de la population.
Sur un autre chapitre, le pays reste difficilement accessible dans plusieurs régions. Les routes sont inexistantes ou impraticables.
D’autres infrastructures de base, telles que les écoles et les hôpitaux, se comptent sur le bout des doigts. De nombreux projets ont été lancés, des millions de dollars américains décaissés, sans réel impact sur la cause commune, en raison de détournements à grande échelle : projet des 100 jours, Tshilejelu, Jeux de la Francophonie, taxe RAM, etc.
Une autre question s’est invitée dans le débat : le tribalisme. De nombreux observateurs critiquent le régime pour ses préférences supposées envers les ressortissants de la tribu luba, dont est originaire Félix Tshisekedi. Les adversaires politiques du pouvoir dénoncent des discours jugés haineux et séparatistes, tandis que certains partisans du régime se montrent intolérants, n’hésitant pas à dénigrer leurs adversaires par des injures.
De ce tableau ainsi peint, il convient de tirer certaines conclusions. La République démocratique du Congo est-elle réellement en passe de devenir « l’Allemagne de l’Afrique », comme le promettait son président ? Qu’en est-il des promesses tenues ? Un expatrié allemand se sentirait-il aujourd’hui aussi à l’aise à Kinshasa, Goma ou Mbuji-Mayi qu’à Berlin ou Munich ? Autant de questions qui taraudent les esprits et méritent des réponses, sept ans après l’avènement au pouvoir de la plus vieille formation politique de l’opposition congolaise.
Charles Mapinduzi